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Vendredi 28 avril 2006 5 28 /04 /2006 06:27

Dans un récent article [1] recommandé par Jean Lassalle lui-même [2], il est dit que ce dernier eut été ulcéré à l’annonce de l’autorisation de convoyer des produits dangereux sur la RN134 desservant la vallée d’Aspe, une conséquence logique et attendue de l’ouverture du tunnel routier du Somport, appuyé par le député ; conséquence pointée par les opposants à l’ouverture de ce tunnel. L’ « ulcère» était prononcé le  1er mars 2006. Une semaine plus tard l’impétrant allait démarrer une grève de la faim [3] afin d’obtenir que sa vallée accueille des activités chimiques, dont la dangerosité suppose un classement en zone Seveso de ladite vallée et évidemment suppose la circulation de matières dangereuses en son cœur. La n’est pas la moindre des contradictions du député.

Il semble que ce député, ne soit pas favorable à la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées [9]. Cela est une position en soit légitime, mais elle le devient moins, si dans le même temps il quémande, via un organisme ad hoc [4], les généreux subsides de l’État supposés favoriser cette réintroduction [10], pour en disposer finalement autrement.


Cette réintroduction d’ours, donne donc lieu à de sérieuses controverses et des déclarations étranges [5]. Il est effectivement probable que le maintien de grands prédateurs soit peu compatible avec certaines orientations tel  la transformation de vallées en couloirs de la chimie [6] mais la dimension des  enjeux dépassent certainement l’échelle cantonale,  au moins parce qu’en ces régions, l’Espagne est aussi concernée. On pourrait en dire de même pour la protection des frayères à saumons dans les gaves du Béarn, où réciproquement les riverains de l’Adour ne peuvent disposer comme ils l’entendent des eaux de cette rivière affectant la pérennité du saumon dans les  torrents béarnais.

Bien sur, les « Parisiens » n’ont pas à vivre quotidiennement avec l’ours, mais la préservation de la diversité faunique en Europe est une question qui dépasse l’horizon du clocher paroissial, tout comme la préservation du patrimoine architectural est une question qui dépasse la ville de Paris,  la préservation des Pandas, qui sont à l’occasion menaçant, les seuls intérêts à court terme des éleveurs du Quinling (Sichuan, Chine), la préservation des baleines, les intérêts des pécheurs japonais...Si d’autres considèrent ces décisions extra paroissiale comme  « la volonté du roi » [5], on appellera cela l’«intérêt général» lorsqu’elles sont prise de façon démocratique [7]…et on conviendra que cet «intérêt général» nous expose  souvent à plus grand préjudice qu’un voisinage imposé d’ours [8]. On notera aussi que l’Intérêt général en la vallée d’Aspe, se traduit par un flux d’argent en faveur de la vallée. Peut on moralement réclamer et user de subsides tout en dénonçant l’ « ingérence » de la collectivité donatrice ?

Ceci étant posé, il convient de s’interroger sur le type de relation avec la faune que l’on veut et si la pérennité de celle-ci répond effectivement à une question d’intérêt général, ce en gardant à l’esprit qu’on ne peut imposer aux autres ce que l’on n’accepte pas chez soi. L’ours n’est pas un animal en voie d’extinction, soit, mais est ce une raison suffisante pour s’accommoder de sa disparition dans les Pyrénées. La présence de l’ours est incompatible avec certaines activités humaines, soit, mais lesquels ? Et en ce cas, qui doit céder ? Le pastoralisme est il incompatible avec la présence de l’ours ? … Ou n’est ce pas plutôt le pastoralisme tel que couramment pratiqué, avec son long héritage de relation conflictuel avec le prédateur, qui est en cause ? si oui, continuer à la pratiquer dans le même esprit est-il possible ? La compensation des pertes de bêtes comme dommage collatéral est  elle une solution ? Les bergers semblent négatif sur la dernière question et c’est fort compréhensible : leur travail n’est pas a priori de fournir pitance aux ours et autres loups… Alors quelles sont les alternatives ?  …Il y a beaucoup à apprendre de ce qui se fait à l’étranger,… nous y reviendrons dans un prochain billet.



[1] Bernard Bonnin , « Jean Lassalle (UDF), La voix de la vallée d’Aspe », Objectif Aquitaine, 19 Avril 2006. (http://www.objectif-aquitaine.com/parlerdeux.asp?sX_Menu_selectedID=left_3F2BED7F&id=20&c=2)

[3] Au jour du 26 Avril, Jean Lassalle était toujours en convalescence à l’hôpital, et donc pris en charge par la sécurité sociale bien que son état de santé soit une conséquence d’un acte choisi.

[4] Institut Patrimonial du Haut Béarn présidé par Jean Lassalle, qui aurait reçu 3 millions d’euros de l’Etat. (voir le site satirique www.iphb.org) et surtout :
Laurent Mermet, « L’Institution Patrimoniale du Haut Béarn, Gestion intégrée de l'environnement, ou réaction anti-environnementale ?  », Annales des Mines, Janvier 2001 (http://www.rgte.centre-cired.fr/rgte/IMG/pdf/RE_21_-_09-21.pdf)

[5] Voir notamment : Gilbert Laval, « La sortie de L’ourse fait crier au loup », Libération, 27 Avril 2006  http://www.liberation.fr/page.php?Article=377913

[6] La revendication de la grève de la fin de Jean Lassalle étant de voir l’Etat offrir à Toyal-Europe un environnement similaire à celui de Lacq ou autre pôle de chimie industriel lourd et de contraindre l’industriel japonaise à se développer en sa circonscription.

[7] L’intérêt général est en principe ce qui anime l’action de l’assemblée nationale qui n’est pas supposé être une tribune d’ amalgame d’intérêt particuliers prébendiers des subsides publics.

[8] Sans sous-estimer  la dangerosité du prédateur, il reste à démontrer que c’est un « tueur né» comme annoncé par Alain Lompech, dans son article "L'ours, l'agneau, le loup et l'homme”, Le Monde, 13 Avril 2006.

[9] Xavier Sota, "Ni vainqeurs, ni vaincus: interview de Jean Lassalle", Sud-Ouest, 16 Avril 2006.

[10] Xavier Sota, "Au Menu de Jean Lassalle", Sud-Ouest, 27 Avril 2006. (lien sur Le blog de David Castéra, à Oloron Sainte Marie en Béarn)

Par Enguerrand - Publié dans : France
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Commentaires

Bien vu, bien écrit.
Sur la question de la prétendue "incompatibilité", il faut noter que la coexistence de l'ours et du pastoralisme a toujours existé et existe toujours en haut-Béarn, chez Lassalle.
Celui-ci aime à se présenter comme "ancien berger", fils de berger et frère de berger (son frère a repris l'exploitation familiale et est actif au sein d'une asso-syndicat d'éleveurs transhumants).
Il faut en fait distinguer entre les éleveurs, propriétaires de troupeaux, et les bergers, souvent salariés.
Le retour de l'ours signe aussi le retour du berger, qui avait tendance à disparaître dans les montagnes, où de + en + de bêtes sont livrées à elle-même, aux chiens errants, aux maladies, à la foudre...
Si les brevis étaient encore un peu gardées en Béarn, c'est à cause de l'ours, mais aussi parce qu'elle doivent être traites. mais désormais, les éleveurs envoit en montagne des brebis taries, et ne font plus de fromage en estive.
Alors l'ours, oui, c'est du boulôt (et des soucis) supplémentaire pour ces bergers, mais c'est d'abord du boulôt...
Commentaire n°1 posté par le platane le 29/04/2006 à 22h23

merci, et merci pour les informations et  l’intéressante vu sur la corrélation ours-berger (qui pourrait se trouver bien démontrée par le Canada)

Réponse de Enguerrand le 30/04/2006 à 11h54

le retour de l'ours égal le retour du berger.........


c'est nouveau ça!

Commentaire n°2 posté par pescaou le 29/04/2006 à 22h56

le retour de l'ours est non seulement le retour du berger mais aussi des chiens. En Ariège les éleveurs ne veulent pas garder les troupeaux car ils ne les ont jamais gardé; au mieux il y a longtemps ils avaient des bergers.


Le projet de l'ours permet le financement des actions de gardiennage: chien patou, clotures, bergers et abris. Les éléveurs oublient de dire que leurs élevages sont subventionnés déjà , à la brebis et non à la productivité.


Convenablement protégé un troupeau a moins de pertes avec les ours qu'avec les chiens errants avant l'ours!!!

Commentaire n°3 posté par jlb le 01/05/2006 à 21h48

le retour de l'ours est non seulement le retour du berger mais aussi des chiens. En Ariège les éleveurs ne veulent pas garder les troupeaux car ils ne les ont jamais gardé; au mieux il y a longtemps ils avaient des bergers.


Le projet de l'ours permet le financement des actions de gardiennage: chien patou, clotures, bergers et abris. Les éléveurs oublient de dire que leurs élevages sont subventionnés déjà , à la brebis et non à la productivité.


Convenablement protégé un troupeau a moins de pertes avec les ours qu'avec les chiens errants avant l'ours!!!

Commentaire n°4 posté par jlb le 02/05/2006 à 01h44

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