Dans un récent article [1] recommandé par Jean Lassalle lui-même [2], il est dit que ce dernier eut été ulcéré à l’annonce de l’autorisation de convoyer des produits dangereux sur la RN134 desservant la vallée d’Aspe, une conséquence logique et attendue de l’ouverture du tunnel routier du Somport, appuyé par le député ; conséquence pointée par les opposants à l’ouverture de ce tunnel. L’ « ulcère» était prononcé le 1er mars 2006. Une semaine plus tard l’impétrant allait démarrer une grève de la faim [3] afin d’obtenir que sa vallée accueille des activités chimiques, dont la dangerosité suppose un classement en zone Seveso de ladite vallée et évidemment suppose la circulation de matières dangereuses en son cœur. La n’est pas la moindre des contradictions du député.
Il semble que ce député, ne soit pas favorable à la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées [9]. Cela est une position en soit légitime, mais elle le devient moins, si dans le même temps il quémande, via un organisme ad hoc [4], les généreux subsides de l’État supposés favoriser cette réintroduction [10], pour en disposer finalement autrement.
Cette réintroduction d’ours, donne donc lieu à de sérieuses controverses et des déclarations étranges [5]. Il est effectivement probable que le maintien de grands prédateurs soit peu compatible avec certaines orientations tel la transformation de vallées en couloirs de la chimie [6] mais la dimension des enjeux dépassent certainement l’échelle cantonale, au moins parce qu’en ces régions, l’Espagne est aussi concernée. On pourrait en dire de même pour la protection des frayères à saumons dans les gaves du Béarn, où réciproquement les riverains de l’Adour ne peuvent disposer comme ils l’entendent des eaux de cette rivière affectant la pérennité du saumon dans les torrents béarnais.
Bien sur, les « Parisiens » n’ont pas à vivre quotidiennement avec l’ours, mais la préservation de la diversité faunique en Europe est une question qui dépasse l’horizon du clocher paroissial, tout comme la préservation du patrimoine architectural est une question qui dépasse la ville de Paris, la préservation des Pandas, qui sont à l’occasion menaçant, les seuls intérêts à court terme des éleveurs du Quinling (Sichuan, Chine), la préservation des baleines, les intérêts des pécheurs japonais...Si d’autres considèrent ces décisions extra paroissiale comme « la volonté du roi » [5], on appellera cela l’«intérêt général» lorsqu’elles sont prise de façon démocratique [7]…et on conviendra que cet «intérêt général» nous expose souvent à plus grand préjudice qu’un voisinage imposé d’ours [8]. On notera aussi que l’Intérêt général en la vallée d’Aspe, se traduit par un flux d’argent en faveur de la vallée. Peut on moralement réclamer et user de subsides tout en dénonçant l’ « ingérence » de la collectivité donatrice ?
Ceci étant posé, il convient de s’interroger sur le type de relation avec la faune que l’on veut et si la pérennité de celle-ci répond effectivement à une question d’intérêt général, ce en gardant à l’esprit qu’on ne peut imposer aux autres ce que l’on n’accepte pas chez soi. L’ours n’est pas un animal en voie d’extinction, soit, mais est ce une raison suffisante pour s’accommoder de sa disparition dans les Pyrénées. La présence de l’ours est incompatible avec certaines activités humaines, soit, mais lesquels ? Et en ce cas, qui doit céder ? Le pastoralisme est il incompatible avec la présence de l’ours ? … Ou n’est ce pas plutôt le pastoralisme tel que couramment pratiqué, avec son long héritage de relation conflictuel avec le prédateur, qui est en cause ? si oui, continuer à la pratiquer dans le même esprit est-il possible ? La compensation des pertes de bêtes comme dommage collatéral est elle une solution ? Les bergers semblent négatif sur la dernière question et c’est fort compréhensible : leur travail n’est pas a priori de fournir pitance aux ours et autres loups… Alors quelles sont les alternatives ? …Il y a beaucoup à apprendre de ce qui se fait à l’étranger,… nous y reviendrons dans un prochain billet.
[1] Bernard Bonnin , « Jean Lassalle (UDF), La voix de la vallée d’Aspe », Objectif Aquitaine, 19 Avril 2006. (http://www.objectif-aquitaine.com/parlerdeux.asp?sX_Menu_selectedID=left_3F2BED7F&id=20&c=2)
[3] Au jour du 26 Avril, Jean Lassalle était toujours en convalescence à l’hôpital, et donc pris en charge par la sécurité sociale bien que son état de santé soit une conséquence d’un acte choisi.
[4] Institut Patrimonial du Haut Béarn présidé par Jean Lassalle, qui aurait reçu 3 millions d’euros de l’Etat.
Laurent Mermet, « L’Institution Patrimoniale du Haut Béarn, Gestion intégrée de l'environnement, ou réaction anti-environnementale ? », Annales des Mines, Janvier 2001 (http://www.rgte.centre-cired.fr/rgte/IMG/pdf/RE_21_-_09-21.pdf)
[5] Voir notamment : Gilbert Laval, « La sortie de L’ourse fait crier au loup », Libération, 27 Avril 2006 http://www.liberation.fr/page.php?Article=377913
[6] La revendication de la grève de la fin de Jean Lassalle étant de voir l’Etat offrir à Toyal-Europe un environnement similaire à celui de Lacq ou autre pôle de chimie industriel lourd et de contraindre l’industriel japonaise à se développer en sa circonscription.
[7] L’intérêt général est en principe ce qui anime l’action de l’assemblée nationale qui n’est pas supposé être une tribune d’ amalgame d’intérêt particuliers prébendiers des subsides publics.
[8] Sans sous-estimer la dangerosité du prédateur, il reste à démontrer que c’est un « tueur né» comme annoncé par Alain Lompech, dans son article "L'ours, l'agneau, le loup et l'homme”, Le Monde, 13 Avril 2006.
[9] Xavier Sota, "Ni vainqeurs, ni vaincus: interview de Jean Lassalle", Sud-Ouest, 16 Avril 2006.
[10] Xavier Sota, "Au Menu de Jean Lassalle", Sud-Ouest, 27 Avril 2006. (lien sur Le blog de David Castéra, à Oloron Sainte Marie en Béarn)
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