La Colombie Britannique est une province de l’Ouest canadien dont l’une des principales ressource en région est la sylviculture. Il est acquis qu’un pâturage ovin des zones de coupe forestière favorise la reprise des plants. Fort de cela, la province a, depuis la fin des années 1980, favorisée l’activité pastorale sur les dites zones, comme une alternative aux traitements chimiques [1]. Le cas particulier de cette province est qu’elle figure comme l’une des régions les plus prédatées du monde. C’est là l’une des dernières réserves mondiales de Grizzli (animal protégé) et autre prédateurs tel que le chat sauvage ou le couguar, aux cotés desquels loup et ours noir font figure d’aimable compagnie. Néanmoins les pertes par prédation en estive sont extrêmement faible (<0.01%) ou pour être plus objectif, la prédation compte pour environ 3% des causes de mortalité [2].
Il est possible que les prédateurs canadiens soient beaucoup moins féroces que ceux rencontrés en France mais on pourrait aussi constater que la gourmandise du prédateurs est proportionnelle aux subventions versées pour la perte de bête [3], et qu’au Canada le berger ne reçoit aucune compensation pour perte par prédation…
Dans la conception britanno-colombienne du pastoralisme, celui-ci doit clairement s’adapter aux contraintes du milieu et en aucun cas le modifier durablement. Le berger est lié par contrat à ces contraintes. On notera que la perte de bête par une attaque de Grizzly à pour conséquence extrême le retrait du troupeau de la pâture, voir une trop faible résilience aux prédateurs du troupeau peut entraîner la terminaison immédiate du contrat [4].
Pendant que ces clauses pourront paraîtres extrêmes, elles sont justifiées par le comportement du prédateur. Un prédateur assimilant une source de nourriture à l’activité pastorale reviendra invariablement et devient de fait dangereux pas seulement pour les bêtes mais aussi pour l’homme si il en devient familier. Un prédateur qui a obtenu pitance lors d’une première rencontre avec une activité humaine, se montrera toujours plus insistant et agressif lors des rencontres subséquentes [5]. C’est aussi pourquoi, au Canada, il est de manière générale formellement interdit de nourrir la faune, et évidemment la règle est aussi valable pour les bergers! Lorsqu’un ours trop peu farouche en vient à assimiler l’homme à la nourriture, il est invariablement abattu.
Si l’approche canadienne n’est pas totalement transposable à la France, il y à certainement matière à inspiration. Pendant que les bergers sont généralement gens d’éthique, comme dans toutes activités, on ne peut pas exclure qu’il puisse exister des comportements négligents, voir opportunistes en prenant avantages du cadre légal, tel la compensation de perte de bêtes (qui peuvent être de réforme), lors d’attaque avérées ou supposées par des prédateurs, ce en ne prenant pas les mesures protectrices nécessaires. Le problème est que ce faisant, le prédateur, loup ou ours, associant le pastoralisme à sa diète reviendra fatalement de manière plus agressive attaquer, sinon le même troupeau, un autre qui autrement n’aurait pas eut à craindre d’interaction d’un animal resté farouche, ce réduisant à quasi néant les efforts de protection des bergers consciencieux .
L’approche victimaire française par l’indemnisation des pertes de bêtes, montre là ses limites et effets pervers. Ne serait-il pas plus approprié de reconnaître que la prédation représente un surcoût et de le refléter par exemple dans des contrats responsabilisant de location des estives? Ce surcoût serait de l’ordre de 5-10% [6]. Ceci reconnu, charge au contractant de l’estive alors de prendre les dispositions adéquates afin d’éviter les contacts avec la prédation (présence de bergers à plein temps, enclos la nuit, chiens de berger et de garde [7], voir choix de race d’élevage approprié [8]), et reconnaissant qu’un troupeau trop peu résilient à la prédation peut compromettre le travail de tous, mettre en place des mesures correctrices et non indemnitaire.
Oui, la présence de prédation inclus un surcoût, mais celui-ci n’est pas foncièrement rédhibitoire. Le maintien de l’ours étant un choix de société [9], il est naturel que celle-ci l’assume dans le but de ne pas introduire de distorsions de marché due à ce surcoût. On notera que le surcoût est essentiellement induit par le maintien de bergers en estive, ce qui est de nature à créer des emplois. Enfin l’attrait touristique indéniable procuré par la présence d’ours est de nature à favoriser une économie locale basée sur l’exploitation soutenable des atouts naturels du territoire ce qui est une opinion partagée par nombre d'acteurs de terrain y compris en France [10]
[1]< T. Newsome, B. Wikeen and C. Sutherland, “Sheep grazing guidelines for managing vegetation on forest plantations in British Columbia”, Minsitry of Forests of, BC, 1995. http://www.for.gov.bc.ca/hfd/pubs/docs/Lmh/Lmh34.pdf
[2] Compilation de chiffre issu de rapport annuel disponible sur http://www.for.gov.bc.ca/hfp/silviculture/sheep/index.htm, on notera que la totalité du cheptel est exposé à la prédation, et que le taux de mortalité du cheptel est deux fois moindre que celui constaté dans les Pyrénées , ceci peut-être expliqué par des contraintes sanitaires plus importante sur les brebis envoyé en estive
[3] Il semble que les bêtes soient souvent remboursées de 2 à 3 fois leur valeur commerciale.
[4] Ceci étant l’une des inquiétudes majeures du ministère de l’environnement britanno-colombien est aussi la transmission de maladie propre aux espèces domestiques aux espèces sauvages, et notamment à leur cousins autochtones non domestiqués de la région, et donc le rôle du berger est aussi d’éviter toute interaction avec la faune sauvage et non pas seulement l’exposition à la prédation.
[5] Ce type de comportement est propre à tous les animaux, et chacun peut tenter l’expérience avec un chien errant.
[6] On pourra consulter « Planning for profit », Ministry of agriculture food and fisheries, 2000 (http://www.agf.gov.bc.ca/busmgmt/budgets/budget_pdf/specialized_ls/ewe_graz_12_2000.pdf). On considère que la présence d’enclos, chiens et berger participent au surcoût total de la zone prédatée, hors la réalité est plus contrastée, puisque le gardiennage du troupeau permet aussi de réduire la mortalité totale (cause autre que la prédation sauvage) par un facteur 10 (Pierre Verdet, « l’efficacité des patous démontrés », Sud Ouest, 16 Avril 2006) ce qui compense largement le surcoût introduit par l’entretien des chiens.
[7] On pourra trouver curieux qu’en France on ne fasse pas de différence sur les deux fonctions dévolues aux chiens en estive. Le chien de berger est associé au berger et permet de conduire et maintenir la grégarité du troupeau pendant que le chien de garde, typiquement Patou, est associé au troupeau, et il est souvent recommandé d’en utiliser 1 par 500 têtes. Les deux fonctions son complémentaires et nécessaires en zone prédatée, puisqu’un élément isolé est plus exposé à la prédation que le groupe. Aussi en d’autres régions du monde, il est utilisé des mules ou ânes qui aurait un impact positif sur la prédation.
[8] Des différentes races de moutons, certaines restent en troupeau plus naturellement que d’autre facilitant le travail du berger. L’auteur n’ignore pas que l’éleveur à d’autre contrainte dans le choix de race, mais c’est un élément à prendre en compte. .
[9] On notera que ce billet n’aborde pas la soutenabilité du maintien d’une population ursine dans les Pyrénées. Il s’entend que ce maintien est possible seulement si le territoire prédaté est de nature à suffire au besoin alimentaire de cette population, en dehors d’interaction avec l’activité humaine. En ce sens il y a certainement une limite haute.
[10] Pierre Verdet, « Arbas, pays de ceux qui veulent l’ours », Sud Ouest, 16 Avril 2006.
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Effectivement, nos articles se complètent admirablement. Merci pour ces éclairages complémentaires qui suggèrent d\\\'autres approches que celle adopté par la France pour la préservation de l\\\'espèce.
Merci bien pour votre courriel. La comparaison avec la C.-B. est tres convaincante.
Moi aussi je trouve le depute-martyre tres bizarre.
Je vois que vous semblez avoir demarre votre blog seulement ce mois-ci. J'espere que vous allez perseverer!
Bonne chance.
Merci pour vos encouragements. Je suis assez surchargé par mes occupations professionnelles ces temps-ci, et espère pouvoir dégager du temps très tôt pour continuer sur ce blog. Un billet sur les randonneurs et les ours, puis un autre sur l'économie et l'ours sont en gestation.