Jusqu’ici les médias canadiens parlaient de Ségolène royal comme une curiosité, mais elle vient de prendre une place centrale dans l’actualité après des déclarations mal avisées sur la souveraineté québécoise ce lundi, a faire dégeler le sirop d’érable [1], puisqu'elle affirme avoir des affinitées avec le projet souverainiste québecois.
Le gouvernement canadien lui a en retour donné une sèche leçon de politique étrangère, lui indiquant qu’ « il était tout a fait inapproprié pour un leader étranger de se mêler des affaires démocratiques d’un autre pays », ce par communiqué de presse.
Stéphane Dion, chef du parti libéral québécois, ainsi que Jean Charest, premier du Québec, et membre du PLQ, se sont joint au concert de critique dénonçant l’ingérence française dans les affaires intérieures canadiennes.
Cette curée légèrement sur jouée était largement prédictible et ses prédécesseur, Jacques Chirac comme Philippe Seguin en ont en leur temps été l’objet [2]: il est de l’intérêt des fédéralistes canadiens de présenter le parti indépendantiste québécois, comme n’étant autre qu’un agent de l’étranger, un peu comme les adversaires de l’intégration de la Turquie à l’UE présente volontiers la candidature de cette dernière, comme parrainée par les USA (ou pour risquer une comparaison plus osée, Beyrouth assimilant le Hezbollah comme une phalange des gouvernements tantôt Iranien ou Syrien). Par ailleurs André Boisclair ne s’y est pas trompé, en minimisant la portée de la déclaration de Ségolène [3].
Considérant les récentes gaffes en politique étrangère de la candidate du PS, il n’était pas moins prédictible que ses adversaires allaient utiliser toutes réactions canadiennes afin d’instruire son procès en incompétence diplomatique.
Être interpellé sur la souveraineté québécoise au sortir d’une entrevue par son thuriféraire en chef, André Boisclair, était d’une logique implacable et aurait du être appréhendé: l’impréparation, dont la candidate a fait montre en est plus que déconcertante.
L’entrevue du lendemain avec Jean Pierre Elkabbach sur Europe1 [4] témoignera de cette légèreté : « j’ai en toute circonstance une parole libre et maîtrisé » fut sa première déclaration comme pour conjurer le sort. Ceci étant, suivant une tactique qui lui est propre, et peu honnête, elle a niée le sens de sa déclaration de la veille pour lui faire dire autre chose [5] . Si l’entrevue avec Jean Pierre Elkabbach a été certainement mieux préparé, en se rappelant le principe de « non ingérence, non indifférence » faisant office de ligne diplomatique [6] : celui-ci n’a pas été très développé [7]. De même la référence à la déclaration de Charles de Gaulle du balcon de l’hôtel de ville de Montréal en 1967, était inévitable : l’esquive de la candidate, n’était pourtant malheureusement pas convaincante.
Article post édité le 26 Janvier 2007.
[1] voir http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Politique/2007/01/22/002-royal-souverainete-boisclair.shtml.
[2] Les déclarations de Jacques Chirac en présence de Jacques Parizeau alors premier du Québec, en Janvier 1995, avait entraîné les sarcasmes adhominen de Jean Chrétien, alors premier ministre du Canada, ( http://www.radio-canada.ca/nouvelles/dossiers/PointDeRupture/Chapitre_2_3.shtml ). La brouille avait été sans suite.
[3] À cet égard la gestion de l’entrevue d’André Boisclair avec Nicolas Sarkozy sera parfaitement ciselé : la longueur de l’entrevue, 45mn au lieu de 15, et la déclaration d’André Boisclair trouvant chez le candidat de l’UMP , « qui comprend bien les enjeux québécois, qui est bien au fait de la situation québécoise », « un amour profond du Québec » profite pleinement aux deux protagonistes.
[5] Ainsi son soutien à la souveraineté et la liberté du Québec est devenu un soutien au peuple québécois qui vote librement et souverainement !
[6] Ce qui aurait dû être répondu au journaliste de Radio-Canada, Luc Chartrand.
[7] Rappelons que ce principe a été édicté en 1977 à la suite de l’accession du Parti Québécois, alors emmené par René Lévesque, au pouvoir au Québec, ouvrant la voie à l’organisation du référendum de 1980 sur l’indépendance du Québec, et à depuis été étendu à la politique africaine de la France (notamment Congo et Burundi) notamment sous la législature de Lionel Jospin : il y avait la matière a appropriation et a renvoyé la droite a ses propres fantômes africains.
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