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Lundi 9 avril 2007 1 09 /04 /2007 07:13

Une récente controverse a éclaté: le visage de Mahomet a été flouté dans un  manuel scolaire de 5ieme édité par Belin [1]! La controverse illustre l’étrange relation que la société française affiche vis-à-vis de l’islam.

Le fait que le prophète soit représenté dans un manuel scolaire, viole un credo religieux habituellement respecté et est de fait probablement offensant pour  les croyants musulmans. A moins d’avoir une faible connaissance de l’islam, il est difficile à l’éditeur de l’ignorer tant cet interdit est prégnant dans la culture islamique.

Certes, L’école doit mener a bien sa mission éducative, mais sans tomber dans les excès du « religieusement correct », qui est appliqué avec juste mesure lorsqu’il s’agit de religion chrétienne, la représentation du prophète est il un matériel pédagogique indispensable et à l’enseignement? En la matière, peut on éviter les offenses [2] inutiles pour se concentrer sur le fond de l’enseignement ?

Voir, cette représentation contraire au credo musulman n’induit t’elle pas une conception erronée de la culture islamique ? 

L’éditeur a choisi une miniature du XIII, sans doute persane, puisque globalement ce type de miniature se retrouve circoncit à la perse pre-chiite. On conviendra que ce type de miniature localisé géographiquement et temporellement (à une école théologique sunnite marginalisé à partir du XV en Iran) est loin de représenter la culture musulmane dans sa globalité,  et notamment l’héritage religio-culturel dont peu se réclamer les musulmans de France qui trouvent leur origine  plutôt au magreb.

 

L’interdit de représentation de Mohamet qui découle d’une interprétation des 10 commandements biblique [3], lesquelles interdisent en fait quelques images que ce soit, conduira à la spécificité de l’art islamique qui aura atteint son apogée sans doute vers le XVième siècle.

Il inclus bien sur des miniatures ne représentant pas Mohamed, mais « ses vêtements seulement », et surtout l’art géométrique, qui fera appelle à des concepts mathématiques extrêmement avancés tel les géométrie  « quasi cristalline » ou de Penrose, dont les secrets n’ont été percé que récemment [4].

Le Tombeau de l’Iman  Darb-i construit en 1453 à Ispahan, Iran, est un des témoignages les plus flamboyant de cet art géométrique. Il est l’illustration qu’un commandement religieux peut conduire au développement et perfectionnement de tout un art ignoré dans d’autre civilisation non soumise a pareil orthodoxie, et de ce fait à une valeur pédagogique autre qu’une miniature offensant un credo religieux, et qui pourrait même être recoupé avec le professeur de mathématique.

 

Par ailleurs, Les miniatures ne représentant pas Mahomet, mais « ses vêtements seulement » sont légions et auraient été une alternative nettement plus heureuse que la  censure, maladroite et ridicule, d’une œuvre d’art qui laisse une image de l’islam, comme censeur de l’art ou l’information au nom de la religion.

 Les choix de l’éditeur sont extrêmement regrettable. Loin de contribuer à une ouverture à une meilleure compréhension des élèves à la culture islamique, ils insufflent une image fausse et négative de celle-ci, favorisant les amalgames.

Cela est extrêmement dommageable, et il reste regrettable que les manuels d’histoire français fassent l’impasse sur des pans entiers d’une civilisation, qui ne trouvent pas d’équivalent dans la civilisation occidentale.

 

La crucifixion du Christ,Vième, collection du British Museum, Londres (illustrant une réponse a un commentaire), post édité le 10 mars 2007.

[1]Catherine Rollot, « Mahomet "flouté" dans un manuel d'histoire pour les collèges », le Monde, 7 Avril 2007.

[2] Notons bien que l’on ne se situe pas dans le cas de figure de Charlie Hebdo et des caricatures de Mahomet ou la liberté de la presse etait en cause, mais dans celui de l’école qui doit être la plus inclusive possible et dont le rôle, surtout si elle se réclame « laïque », n’est pas de juger du bien fondé ou non des différents credo religieux dans la limite ou ceux-ci ne sont pas incompatible avec le contenu des programmes éducatifs ou le bon fonctionnement de l’institution scolaire.

[3] Ce qui interdit aux Chrétiens de représenter dieu... et qui lors de la réformation conduira à l’austérité des églises protestantes.

[4] Peter J Lu, “Islamic tiles reveal sophisticated maths”, Nature, February 2007

Par Enguerrand - Publié dans : enguerrand
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Commentaires

S'appuyant sur un verset du Coran rejetant les statues des idoles et sur un hadîth accusant les faiseurs d'images de vouloir rivaliser avec Dieu, seul créateur et insuffleur de vie, certains théologiens musulmans ont condamné formellement la représentation des êtres animés. Cet interdit de la figuration, strictement appliqué pour le Coran et les ouvrages de hadîths ou de fiqh, a favorisé l'émergence des arts de la calligraphie et d'une ornementation fondée uniquement sur l'arabesque et la géométrie. Pourtant, des représentations figurées, parmi lesquelles on peut voir Muhammad, sa famille et les prophètes bibliques, ont existé dans d'autres genres littéraires, épopées, chroniques historiques, Qisas al-anbiyyâ' (Histoires des prophètes), particulièrement dans les mondes iranien, turc et indien.

source :
http://expositions.bnf.fr/parole.../arret/ 05_8.htm

Il n'est donc sans doute pas inutile d'initier les enfants à la complexité du monde, et en particulier de ce qui leur semble évident. Il n'y a pas de provocation à confronter les élèves à la diversité de l'islam qui ne se réduit pas au monde arabe, loin de là.
Commentaire n°1 posté par PEL le 09/04/2007 à 18h07
Faut il enseigner les religions à l'ecole? meme si il ne s'agit que d'un enseignement relatif à l'histoire et aux grands principes de la religion...
Commentaire n°2 posté par thc2 le 10/04/2007 à 14h30

Tout dépend Du rôle que vous donné à l’enseignement de l’histoire à l’école :


Si il s’agit de servir une mythologie nationale, comme cela est trop souvent le cas, alors peut-être pas. Si au contraire il s’agit de donner aux élèves des clés pour comprendre le monde dans lequel ils vivent, alors oui, cela est nécessaire, car qu’on le veuille ou non, les religions ont eut une influence majeure sur ce que nos sociétés sont advenues : l’exemple des arts géométriques cité dans mon article pour la culture islamique est un exemple parmi d’autre (et  l'illustration de mon article une autre encore...)


 


Pour répondre au premier commentaire, l’exposition à la BNF semble extrêmement intéressante (merci pour le lien), mais il s’agit d’un relatif épiphénomène, dans le sens ou on ne peut pas dire qu’il soit caractéristique de l’Islam. On s’adresse à des élèves de 5ième, et le programme est suffisamment chargé, pour ne pas rentrer dans un niveau de détail faisant perdre de vue des caractéristiques clés de la religion musulmane.


 


On peut (et on doit) exposer les élèves à la diversité de l’islam sans pour autant les confrontés a des contenus offensant du point de vu musulman, si cela n’apporte pas de plus value pédagogique : là est le sens de mon propos....


 


…De la même manière, qu’on illustre rarement le mouvement réaliste, par l’ « origine du Monde » de Courbet, dans les manuels scolaires....



Je serais aussi  curieux de savoir si un manuel scolaire français (ou même iranien) illustrerait l’histoire de la chrétienté par les premières représentations de la crucifixion, comme cette œuvre illustrant l’article, et typique de l’art romain du Vième, laquelle donne égal place au suicide de judas, représenté avec sa bourse dégoulinant d’argent, et  le responsable de la blessure au thorax de Jésus (la figure du Juif errant,) ?


 


…Et pourtant son intérêt historique et pédagogique est immense, puisqu’elle met en scène des figures qui auront une place prépondérante dans l’iconographie  (le juif errant, célébré par Brassens, qui fera notamment parti du folklore médiéval) et illustre les stéréotype antisémites qui continuent à persister jusque nos jours.  


 


Mais il est possible que tout cela  ne soit pas très représentatif de la culture chrétienne qui ne trouvera sont assise théologique que bien plus tard. Et qu’en 5ième, il n’est pas forcément utile d’encombrer les programmes avec ce qui n’est probablement qu’un « détail » de notre histoire!

Commentaire n°3 posté par Enguerrand le 11/04/2007 à 00h57
"L’éditeur a choisi une miniature du XIII, sans doute persane, puisque globalement ce type de miniature se retrouve circoncit à la perse pre-chiite. On conviendra que ce type de miniature localisé géographiquement et temporellement (à une école théologique sunnite marginalisé à partir du XV en Iran) est loin de représenter la culture musulmane dans sa globalité,  et notamment l’héritage religio-culturel dont peu se réclamer les musulmans de France qui trouvent leur origine  plutôt au Maghreb."

C’est apparemment le choix qu’ont fait les manuels turcs:

//jcdurbant.blog.lemonde.fr/2007/04/10/manuels-scolaires-belin-floute-mahomet-et%e2%80%a6-floue-nos-enfants/

Mais moi je croyais que l’interdit était adressé aux seuls (vrais) musulmans

http://jcdurbant.blog.lemonde.fr/2006/02/06/2006_02_caricatures_du_/

et que donc les chiites n’étaient comptaient pas ?

Tout comme, autre possibilité qui ne semble pas avoir été envisagée, une représentation occidentale comme celles par exemple du temps de Voltaire ?

http://www.macreablog.com/hosts_imgs/2/4/4/9/8/24498_tn.jpg
Commentaire n°4 posté par jc durbant le 11/04/2007 à 11h22

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