La dernière rumeur, fait état de Kouchner au ministère des affaires étrangère, c’est la plus plausible.
Du point de vue de Bernard Kouchner : en 2012, il aura 73 ans, et éventuellement un rhumatisme gênant, autant dire que sa carrière politique sera derrière lui : C’est aujourd’hui sa dernière fenêtre d’opportunité pour décrocher un ministère régalien.
Quand bien même si d’aventure les socialistes arrivaient au pouvoir, ses prises de position passées lui interdisent tout rôle de premier plan dans un gouvernement de gauche : Soutien à Bayrou avant le premier tour, et surtout soutien à l’intervention en Irak. Un soutien qui l’écartera de toute nomination à un poste de premier plan dans les organisations internationales (OMS et UNHCR)
Et c’est là que le point de vue de Sarkozy entre en jeu.
Kouchner est globalement la seule personnalité française ayant l’étoffe d’un ministre des affaires étrangères ayant soutenu l’intervention en Irak. Il est globalement sur les mêmes lignes que Sarkozy en la matière. Lignes qui si elles n’ont jamais été déclinée, clairement, par le candidat lui-même [1], l’ont été par le choix fait des intervenants encensant sa politique étrangère : André Glucksmann, dont les positions interventionnistes en Irak, et ailleurs, sont bien connu, était le choix pour le meeting de Bercy [2] point d’orgue de sa campagne.
Kouchner est donc un excellent candidat, pour donner des gages à Washington, et pour infléchir la politique française vers plus d’atlantisme [3]. Un excellent candidat aussi sur le plan intérieur, puisque jouissant d’une cote de popularité qui à toujours été élevé et parce que venant de la gauche, il permet la mise en œuvre d’une politique étrangère, plus difficilement critiquable par cette même gauche. En ce sens il a plus de latitude pour mettre en œuvre une politique pro atlantiste que n’importe quel autre personnalité française.
Enfin, cela permet de jouer l’ouverture, minant la campagne législative des socialistes, voir de Mr Bayrou :
Il sera en outre beaucoup plus difficile pour le PS de critiquer un Kouchner que le félon Besson.
Notez que l’ouverture n’est pas la raison première motivant la nomination de Kouchner, alors qu’elle pourrait l’être dans le cas de Hubert Védrine [4]. Une raison qui si elle était la seule, le mettrait en position précaire : Après les législatives, les raisons de jouer l’ouverture pourraient, selon toute vraisemblance, disparaître, les personnalités de gauche devenant les premières victimes de l’inévitable remaniement ministériel suivant le résultat des législatives.
On pourra penser que Bernard Kouchner ne s’est sans doute pas engagé en politique pour le plaisir de faire allégeance stérile à un parti, mais pour agir. Ce sera sans doute la dernière occasion qui lui sera donne dans sa carrière de le faire dans un domaine qui lui tient à cœur. Et force est de reconnaître que Kouchner semble faire un bien meilleur médecin au Quai d’Orsay que le courant.
La stratégie de Sarkozy, pour machiavélique qu’elle puisse être, n’en est pas moins à saluer comme un modèle du genre.
[1] Il ne faudra pas se laisser abuser par le discours du 6 mai 2007, où Sarkozy dit à propos des USA «Je veux leur dire que la France sera toujours à leurs côtés quand ils auront besoin d’elle. Mais je veux leur dire aussi que l’amitié c’est accepter que ses amis puissent penser différemment… », et prendra pour exemple de différent... le réchauffement climatique !
Par ailleurs, Sarkozy, ces 5 dernières années s’est exprimé sur quasiment tout les sujets, et les rares fois ou il s’est exprimé, sur l’invasion en Irak, s’obligeant à une certaine réserve en le domaine, c’était pour critiquer la position française, critique énoncé, qui plus est à des interlocuteurs étrangers, alors qu’il était en voyage officiel aux États Unis ( voir Antoine Gurial : « Chirac juge « lamentable » l’atlantisme de Sarkozy », Libération, 18 Septembre 2006).
[2] Meeting tenu le 29 Avril 2007
[3] Et aussi une politique moins pro arabe, comme peut le laisser penser l’origine familial de Bernard Kouchner, et en cela plus en ligne avec celle de Jospin.
[4] Dont le nom porté à la rumeur, permet de mieux masquer les raisons profonde du choix de Kouchner sous l’écran de l’ « ouverture ».
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