Dans “France in Crisis” [1] , l’universitaire canadien Thimothy B. Smith justifie la culture française de protestation de rue par la faiblesse de son parlement: Une fois l’amendement établissant le CPE proposé par le gouvernement; ce court-circuitant son examen par le conseil d’État à la différence du reste de la loi; le texte fut adopté via la procédure du 49-3, fournissant une sinistre caricature du constat de Timothy. L’absence de débat présidant à l’élaboration d’une loi dans l’enceinte des institutions oblige à déplacer ce dernier dans la rue. Ne serait ce que pour revendiquer l’exercice de la démocratie, il faut en tenir gré les manifestants. Certains affirment que la précarité induite par le CPE est finalement ce que vivent tout les jours les jeunes des dynamiques pays anglo-saxons. Il y a la une contre-vérité au moins en ce qui concerne le Canada. Ce pays est doté d’une chartre des droits de la personne empêchant toute discrimination selon l’age, qui rendrait très improbable la constitutionnalité d’un CPE s’appliquant seulement au moins de 26 ans.
Cette arbitraire discrimination pourrait difficilement être jugée positive, puisque les couches favorisées pourront toujours bénéficier d’un contrat plus protecteur, garanti par la loi, le CDI, dont la révision, devient de fait moins pressante ; ce aggravant la « fracture sociale » entre exclus et privilégiés. La vérité est que dans les pays anglo-saxons comme le Canada, le code du travail n’est pas discriminatif. Quelque soit son age, diplôme et attractivité sur le marché du travail, chacun bénéficie du même code du travail qui est effectivement très souple mais qui avec l’ancienneté du salarié ajoute des droits et garanties (temps de préavis de licenciement et cause possible…etc.…) ce qui a pour mérite de ne pas dessiner de frontière entre exclus et privilégiés du marché du travail. Le CPE est un contrat de travail de seconde classe, masquant mal la couardise à remettre en cause les avantages du CDI, afin d’en démocratiser son accès. Son problème n’est donc pas une question de fond (assouplissement nécessaire du code du travail), mais de forme (discrimination arbitraire) sans parler de sa méthode d'élaboration (autoritaire).
[1] Disponible en français sous le titre « La France injuste : 1975-2006 : pourquoi le modèle social français ne fonctionne plus », Thimothy B. Smith, ISBN : 2746707861